Avant même d’avoir ouvert l’anthologie, on est séduit par sa couverture. Une gargouille surmontant une maison que l’on devine hantée, un décor à la fois mécanique et labyrinthique, de quoi interpeller les esprits aventureux. Si Luciférines est une toute jeune maison d’édition, elle propose néanmoins des ouvrages très travaillés. Un papier épais, parsemé ça et là d’illustrations au fusain, le bibliophile avisé ne saura qu’apprécier une qualité devenue trop rare. Un professionnalisme éclairé qui transparait jusque dans le choix des textes.

Jeux d’enfants de Floriane Soulas ouvre le recueil avec force poésie et finesse.

Deux petits garçons entament une partie de cache-cache dans une vieille maison. L’un d’entre eux a neuf ans, l’autre plusieurs siècles. Un jeu pas tout à fait innocent.

Motel K de Yann Isoardi se veut plus contemporaine. Au cours d’une séance de psychothérapie, un homme relate une nuit d’effroi au sein d’un étrange hôtel. Une nouvelle déjantée qui tient du cauchemar. Un texte proprement irrévérencieux aussi truculent qu’effrayant, très rock ‘n’ roll. Les fans de Brain dead devraient adorer.

Le personnage du psychiatre est hilarant. Ceux qui suivent une thérapie y reconnaitront peut-être quelques traits de leur praticien ; peu, j’ose l’espérer. Un vrai régal.

Annabelle prend d’abord la forme d’une histoire de spectre doublée d’une romance homosexuelle. La chute est surprenante, la nouvelle cocasse, volontairement de mauvais goût. Un humour particulier qui rencontrera peut-être quelques détracteurs. Cependant, en jouant ainsi sur les hantises et dégouts de ses lecteurs, Jean-Charles Flamion ne se veut pas grand public. Il revendique son originalité. Nous ne pouvons que la saluer.

« Je suis mort ce matin », ainsi débute Le murmure des pierres de Chris Vilhelm. L’introduction très lyrique réjouira les férus de poésie. Le reste du texte est riche ; on y perçoit l’influence de Lautréamont. Le récit plaira d’ailleurs aux âmes torturées : à sa sortie de l’asile, un homme regagne la demeure familiale abandonnée. De quoi redonner vie à toutes ses terreurs. Vous en tremblerez.

Préservons l’éternelle fontaine de Raphaël Boudin se présente comme une étude originale du tourisme horrifique. Deux lieux y sont dépeints : une maison prétendument hantée par le fantôme d’un bovin hors-norme, puis la bicoque où a sévi un couple meurtrier. Le style est étonnant, l’histoire comique.

Avec Amphitryon, Quentin Foureau nous entraine dans les bas fonds. Révoltés, on passe des squats skinheads aux entrailles d’une demeure normande réquisitionnée par les nazis. Une nouvelle glauque sur fond de sida, drogue, vengeance et pédophilie. Un univers entre « Encore un jour au paradis » et « Requiem for a Dream » soudain transformé en récit horrifique. Un texte profond, mémorable au style soutenu, très littéraire.

Dans 65 rue Bouscarrat de Jérémy Bouquin, une jeune gothique adepte d’art de rue découvre une maison de passe à l’abandon. Après une étrange rencontre, elle y réalisera un chef-d’œuvre. Le texte est osé, accrocheur. Le style très cru colle à merveille à l’histoire et ses protagonistes.

Kolka est un magnifique voyage littéraire qui nous emmène jusque sur les terres islandaises.

Un couple de touristes visite un musée désert en compagnie d’une fillette. L’histoire est belle, les décors dépeints le sont plus encore. La fin laisse un goût de trop peu, on aimerait que le récit se poursuive mais V.F.F. Pouget préfère laisser planer un certain mystère.

145 rue Lafayette, deux cataphiles explorent une demeure abandonnée qui a tout de l’antre vampirique. Le texte d’Antoine Techenet est bien mené, glaçant. Il traduit une bonne connaissance du milieu de l’exploration urbaine.

Avec Classifié, nous découvrons les notes d’un policier qui cherche à élucider un meurtre d’une violence inouïe. Emmanuel Delporte signe ici une enquête au dénouement mystique qui tient le lecteur en haleine.

A travers Métafiction, l’échoppe d’un bouquiniste devient le théâtre d’odieux rituels.

Dans une prose toute baudelairienne, Mahaut Davenel dessine une allégorie de la littérature elle-même. Un texte sur le pouvoir des mots. Une nouvelle simplement sublime.

Dans le placard d’Hélène Duc, une petite fille attend que son père rentre du travail. Elle se cache pour lui faire une surprise. Mais rien ne se déroule comme prévu. Un texte fort, percutant. Un cauchemar qui vous hantera.

Cambrousse punk voit un anarchiste hériter d’une maison en rase campagne. Visiter la demeure sous ecstasy n’était peut-être pas une idée judicieuse, l’homme s’en apercevra à son grand dam.

Un style à la Audiard piqué d’expressions à la Coyote, Mickael Freugray ose tout pour notre plus grand bonheur. Du grand art.

Iravel a le doux parfum des contes, le charme désuet des chansons de geste et de l’amour courtois.

Un vicomte s’éprend d’une chaste jeune femme. Il se contraindra à l’abstinence pour ne pas l’offenser. Quand l’amour tourne à la dévotion, le respect frôle la folie et la déraison guette.

Un texte grandiose de Vincent Tassy.

Les murs de Blackat auront vu maintes horreurs. Un mari violent et son épouse s’installent dans un manoir au nom singulier de Blackat. Bientôt la jeune femme perçoit la présence d’un spectre. Un récit à l’issue surprenante doublé d’un bien bel hommage à Edgar Poe, Nicolas Saintier sait nous charmer.

Dans La vénus aux épines, une maison abandonnée se transforme en dangereux cloaque végétal animé par un esprit des plus envoutants. Magie noire et idolâtrie, le texte de David Mons est aussi inventif qu’effrayant.

Dehors il neige est un récit post-apocalyptique comme il m’en a peu souvent été donné de lire, à la fois poignant et terrifiant. L’outrageant talent de Bruno Pochesci laisse une sensation de malaise qui ne vous quitte plus.

Tour à tour lyriques et irrévérencieux, glaçants et émouvants, impossible de choisir son préféré parmi les textes de l’anthologie « Maisons hantées ». Une chose est sûre, tous vous feront forte impression.

Maisons hantées, éditions Luciférines, avril 2015.

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