ENTRETIEN GONFALONE / DUC

Par quel biais êtes-vous venue au haïku ?
J’écris depuis toujours mais ma découverte du haïku date de 2006. Elle s’est effectuée quelques mois avant un événement extrêmement dou-loureux de mon existence et j’ai trouvé dans la pratique du haïku un exutoire nécessaire et dans la forme poétique du haïku un idéal d’ex-pression où mes sentiments les plus complexes et violents pouvaient se formuler en toute liberté et en toute vérité.
Tout cela fut rendu possible grâce à ma lecture de l’anthologie Du rou-ge aux lèvres : Haïjins japonaises, établie par Dominique Chipot qui reste à ce jour ma « bible » en matière de haïku. Ce recueil regroupant de su-perbes haïkus de femmes dont ceux de Madoka MAYUZUMI m’a permis de comprendre que la beauté se trouve tout autour de nous, dans le geste le plus banal comme dans le plus trivial ou sacré, que la poésie est partout, qu’il suffit simplement de savoir la voir. C’est ce que la lecture de cet ouvrage m’a appris. Ensuite, j’ai commencé à écrire des haïkus de manière autodidacte tout en me renseignant sur ce genre et en me promenant sur quelques forums traitant du haïku et de sa pratique mais, ayant conscience que mes premiers essais n’étaient pas des haïkus et que j’avais besoin d’apprendre et de travailler davantage, je n’ai jamais osé m’inscrire sur un quelconque site ou forum, jusqu’au mois de janvier dernier où j’ai rejoint avec plaisir le groupe Facebook « Un haïku par jour » ouvert et géré par Vincent Hoarau à l’occasion du NaWritMo 2012 auquel je souhaitais participer pour la première fois.
Depuis combien de temps en composez-vous ? À quelle fréquence ?
J’écris réellement des haïkus depuis trois ans, les deux années précédentes ont été des années de tâtonnements où je composais des phrases repliées, des tercets philosophiques ou bien des sentences n’ayant rien à voir avec le haïku. Paradoxalement, ces essais balbutiants m’ont per-mis de comprendre ce qu’est véritablement le haïku. En règle générale, ma fréquence d’écriture est très versatile car je n’aime pas forcer l’inspi-ration, j’attends toujours qu’une émotion, un étonnement ou une colère s’impose à moi jusqu’à devenir une évidence. Pendant longtemps, je n’écrivais qu’un ou deux haïkus par quinzaine. Cependant, depuis fé-vrier dernier et ma première participation au NaWritMo 2012 sur Face-book (il s’agissait d’écrire un haïku par jour en français ou en anglais (ou les deux) selon un thème donné), je tente de garder ce rythme d’écriture que je trouve fort ludique et qui me permet en outre de faire mes gammes quotidiennement tel une musicienne consciencieuse.
Pour quelles raisons vous sentez-vous attirée par cette forme poétique ?
Ce que j’aime le plus dans le haïku, outre sa capacité à éterniser l’éph-mère, c’est sa beauté brève, son aura d’évidence et ce partage in-conscient et protéiforme avec le lecteur. Le haïku n’impose rien, il suggère, il ne montre rien, il se laisse deviner. Le lecteur se promène libre-ment entre les lignes, arpente la blancheur des marges, en apportant son bagage, son vécu, ses émotions.
Pouvez-vous préciser quelles ont été les conditions d’écriture du Quadrille des libellules ?
le quadrille des libellules est un mini-condensé de trois années d’écritures du haïku, entre doutes, incertitudes et fulgurances émerveillées. C’est à la fois un fragment de journal intime en ce qui concerne les textes les plus personnels tout autant que le journal de bord de mes premières an-nées de pratique marquées par le métronome de mes bonheurs, de mes tristesses et de mes indignations.
Pourriez-vous éclairer votre choix, quant à l’organisation des haïkus dans ce recueil ?
J’ai essayé de jouer avec certaines correspondances visuelles ou émotionnelles mais, pour ne pas proposer quelque chose de trop thématique, j’ai tenté de composer une atmosphère différente à chaque page. Ce recueil se déroule presque comme une journée de la vie de chacun et chacune où chaque heure peut nous voir d’une humeur différente.
Comment travaillez-vous l’écriture de vos haïkus ?
Cela commence toujours ou presque par une image qui s’impose à moi. D’ailleurs, on me dit souvent que mes haïkus sont très visuels, et c’est vrai. Une scène de la vie quotidienne, un reportage à la télévision ou une photographie dans un livre ou un magazine peuvent m’inspirer. Parfois, le haïku s’offre comme une évidence, d’autres fois, il faut l’apprivoiser tout doucement. Dans ce cas de figure assez fréquent, je note l’idée, les images et les émotions suscitées dans un fichier informatique que je garde dans un coin de l’ordinateur (j’ai cessé d’utiliser des carnets car je les égarais tout le temps). Si le haïku me semble perfectible, je le laisse dé-canter, je reviens le relire de temps en temps pour m’en imprégner à nouveau. Je rature encore et encore car je cherche toujours le mot juste afin de refléter au plus près l’image glanée ou le sentiment ressenti. Cela peut prendre des mois avant que j’estime un haïku digne d’être présenté à un lecteur. Des années, aussi parfois…et j’en efface beaucoup.
Comment ce titre « le quadrille des libellules » vous est-il venu ?
Suite à l’écriture de ce haïku :
envol de libellules –
combien de silences
ont pris fin ?
Mais aussi parce que le quadrille symbolise pour moi la valse des idées et des images qui s’entrechoquent dans l’esprit de chacun d’entre nous et que le vol gracieux de la libellule au-dessus des étangs me rappelle la lé-gèreté intrinsèque du haïku (lorsqu’il est réussi).
Que faut-il, d’après vous pour qu’un haïku soit « réussi » ?
Qu’il soit une photographie « mouvante », éternisant l’éphémère sans s’imposer toutefois comme une vérité absolue. C’est un équilibre subtil entre le témoignage de ce qui fut et la beauté de l’indécision, qu’il s’a-gisse de celle de l’auteur, témoin de la scène ou de l’émotion, mais aussi et surtout de celle du lecteur. Un haïku réussi est celui qui parvient à exis-ter dans le temps de cette hésitation.
On pressent, en amont de votre recueil, une réflexion sur le langa-ge ; dans quelle mesure cela est-il exact ?
Il est vrai que j’aime jouer avec les mots lorsque j’écris. Si réflexion sur le langage il y a, elle est absolument inconsciente et ne résulte pas d’une volonté propre de ma part mais certainement du fait d’avoir suivi pen-dant plusieurs années des études de linguistique française moderne et des cours de sémantique dans le cadre de mes études universitaires.
Avez-vous déjà en tête l’idée d’un prochain recueil ?
Mon premier recueil Tessons publié en autoédition il y a deux ans est tou-jours disponible sur thebookedition. J’aurai l’honneur d’être présente dans le recueil collectif Enfansillages sous la direction de Danièle Duteil et Valérie Rivaollon à paraître chez Unicité en mai 2012. J’ai également par-ticipé au projet de recueil collectif NaHaiWritmo 2012 en soumettant des textes en vue d’une parution prochaine aux États-Unis. À l’avenir, ayant découvert le plaisir d’écrire des haïkus en anglais, j’envisage de publier un recueil bilingue de mes prochains haïkus… une fois mon Master de littérature obtenu.
Merci de vous prêter au jeu !
Merci à vous !
23-24 mars 2012

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s